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Un Peu De Moi

  • Dr Boubacar Ba
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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 04:16

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/18542027358107552/_crise_alimentaire.jpgLa crise alimentaire mondiale, c’était l’année dernière. Moi, je dirais c’était plutôt toutes ces années derrières nous. Tous les grands médias du monde en avaient fait leur une. Quelques sommets furent organisés ici et là. Des manifestations, appelées honteusement émeutes de la famine, se passèrent ici et là dans quelques capitales de pays pauvres. Dans ce cortège, de bons esprits, surtout des altermondiaux humanistes du moment, portèrent la clameur des ventres vides dans les salons feutrés du système marchand. Une année plus tard, notre responsabilité reste interpellée. Nous avons l’obligation de nous interroger sur les résultats de toutes ces agitations, serais-je tenté de dire. Concrètement, qu'est-ce qui a été fait ? Qu’ont fait les institutions habilitées ? Qu’ont fait les États concernés ? Pour finir, la question essentielle, la famine a-t-elle régressé ? Peut-être avions-nous tort d’être sceptiques à l’époque ? Ce sont autant de questions qu’on doit raisonnablement se poser aujourd’hui.

Malheureusement, je dirai d’emblée, sans glorification aucune, que notre scepticisme était bien fondé. Les marqueurs de la famine persistent. Ils sont là, autour de nous. Le calvaire des personnes souffrantes de famine, de malnutrition et de sous-nutrition et de celles qui en meurent continue. Pire, rien n’indique qu’il devrait s’estomper. En effet, à la lumière des nouvelles statistiques de la FAO et de la Banque mondiale, le fléau sévit encore, et pire la famine (cf. illustration de la hausse des prix alimentaires depuis 2002). Les prix alimentaires qui avaient augmenté de 35 % entre janvier 2007 et janvier 2008 n’auraient pas baissé. L’envolée de 65 % demeure et la Banque mondiale d’enfoncer le clou en nous annonçant récemment que les prix alimentaires avaient augmenté de 83 % depuis 2007.

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/18542027358107552/Map_crisealimentaire.jpgCe phénomène honteux concerne tous les continents, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine étant les plus affectés. Personnellement, ce qui me frustre et me révolte, c’est l’attitude des gouvernants face à la question, notamment ceux des grands pays développés. J’ai l’impression que ces gens là s’en foutent éperdument qu’un gamin meurt toutes les six secondes et que des milliers d’autres se morfondent dans la malnutrition et la sous-nutrition. Je trouve ça simplement inhumain. Et ne venez pas que ces gens-là se sont précipités à Copenhague pour trouver aux risques climatiques auxquels notre planète devrait faire dans les cent, deux prochaines années. Quelque chose me semble pas cohérente là-dedans parce que quelques mois auparavant, ils avaient tous pointés absents au sommet de la FAO à Rome. Je ne sais pas si vous vous souvenez bien, Jacques Diouf, le directeur de la FAO, avait été obligé de faire une grève de la faim pour alerter et sensibiliser les pays donateurs. Malheureusement, cette action désespérée du directeur de la FAO n’a pas eu l’écho espéré.

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/miniatures/18542027358107552/JacqueDiouf.jpgEn le regardant Monsieur Diouf, j’ai eu honte. Non pas pour lui, bien-sûr, mais parce que je pense que nous sommes tous responsable. Imaginez un peu ce que serait si tous les agitateurs écologistes, les défenseurs des droits des animaux, les protecteurs des oiseaux, les « talibans » de la transparence, de la bonne gouvernance et de la démocratie, brefs tous ces droits de l’hommiste avaient intégré le droit à l’alimentation dans leurs revendication comme partie intégrante de l’humanisme. Je suis persuadé que dans un tel cas, mobiliser une trentaine de milliards d’euros ne ferait pâtir aucun chéquier.

A quelque chose malheur bon, dit-on souvent, même si cette fois je me réserve de le croire parce que ce sont vies humaines, des enfants et des femmes qui disparaissent tous les jours. Mais, il me semble que notre planète ne peut et ne doit pas se suffire de la philanthropie pour venir à bout de la question alimentaire. Cette question est aussi essentielle, voire plus que la liberté et l’éducation. Les Nations-Unies devraient engager la bataille afin de contraindre la communauté internationale à ériger cette question au rang de droit fondamental et constitutionnel. Un tel mécanisme pourrait permettre aux populations et aux organisations qui les représentent de posséder un outil juridique par lequel elles pourraient contraindre leur gouvernement à prendre convenablement en charge la question alimentaire. Toujours dans le but de contraindre et d’encourager les États à s’engager résolument pour un règlement définitif de la question, on pourrait imaginer un système de notation et de classification, un comme l’indice sur le développement humain, mais accès seulement sur les façons dont les Etats satisfont les besoins alimentaires de leur population, gèrent les ressources naturelles et valorisent et protègent l’environnement. Aussi, on devrait à mon avis faire évoluer la contribution des pays développés au développement des pays du Sud. Par exemple, au lieu de mettre l’accent sur les 0,7% de leur PIB, on pourrait leur recommander de consacrer 0,2% de leur PIB à l’alimentation.

Bien-sûr que d’autres aspects doivent être pris en compte, mais il me semble qu’il est nécessaire qu’on change d’approche politique sur la question.

Dr. Boubacar Ba, Fondation Biotechnologie pour le développement durable en Afrique, Canada


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