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Un Peu De Moi

  • Dr Boubacar Ba
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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:05

Une[1]  grande offensive pour la nourriture et l’abondance (GOANA), c’est la réponse du Sénégal à la crise alimentaire. Mais, de la crise alimentaire aux malaises du monde rural en passant par le chômage dans les centres urbains, ce sont cinquante années de développement économique et social du Sénégal et de l’Afrique qui se trouvent ainsi auscultées.  Des succès sont certes réalisés, mais tout le monde s’accorde qu’ils sont insuffisants à notre bonheur. D’où l’urgence des prochaines années et notamment d’une question : comment cultiver l’avenir du monde rural au Sénégal afin que celui-ci soit le fondement d’un développement économique endogène et ouvert sur le monde ?

Pendant que les grands pays développés ont séché la première conférence de la FAO à Rome après l’année de crise alimentaire, un certain nombre de pays du Sud essayaient de mettre en œuvre des réponses.  Parmi ces pays, le Sénégal s’est singularisé en affichant dès le début une position pour le moins polémique et originale face à la FAO mais aussi en essayant dans la foulée d’enclencher une nouvelle dynamique agro-alimentaire.

En effet, le Président de la République du Sénégal avait sonné l’alerte et avait invoquait une solution hardie et révolutionnaire. Mais probablement, le fait d’avoir accusé les institutions onusiennes d’inefficacité absolue sur la question a brouillé son message et du coup en avait limité la portée. Il avait, on s’en souvient, pointé un doigt accusateur – à juste raison - sur les grandes institutions spécialisées sur l’agriculture et l’alimentation et sur les effets contre-productifs de l’Aide alimentaire. Le président Wade avait raison. Il avait raison de contester non la pertinence, mais l’utilité de la FAO et de dénoncer l’obsolescence de l’Aide alimentaire. Cette diatribe de Maître Wade posait justement la question de l’adaptabilité et des capacités de ces organismes à résoudre les problèmes alimentaires. Je me propose de revenir sur la question dans ma prochaine contribution. En même temps qu’est-ce qui est fait dans nos pays face à ce problème ?

Si je reviens à la crise alimentaire, c’est parce que je suis de ceux qui pensent qu’elle n’était pas une véritable crise, encore moins pour le Sénégal. Elle était plutôt l’expression de l’essoufflement d’un système marchand et d’une approche du fait alimentaire, en l’occurrence la sécurité alimentaire, par le marché. Donc, pour le Sénégal, ce qui était nommé crise ne l’était pas du tout. Il s’agissait surtout, et encore, d’un problème structurel récurrent de l’économie et de l’agriculture du pays dont les dysfonctionnements rendent, par moment, extrêmement difficile la satisfaction des besoins alimentaires. La source de ce problème structurel est évidemment lointaine. On pourrait la chercher dans la colonisation, mais personnellement après cinquante années de souveraineté, il me semble que nous devrions désormais assumer nos erreurs. C’est pourquoi, les causes aux problèmes alimentaires de notre pays, je les situe plus dans les choix économiques et alimentaires du pays depuis notre indépendance. Je pense que le manquement le plus important, c’était celui de n’avoir jamais pensé l’économie, la question alimentaire et l’aménagement du territoire comme un système global. La structure de production économique, malgré les changements introduits au fil des années, est demeurée une structure typiquement rentière, figée dans des parallélismes qui interdirent et interdisent encore toute synergie, empêchent un ancrage territorial ; et ce faisant expliquent que les populations, urbaines et rurales, n’ont jamais pu disposer de solutions convenables et durables à leurs problèmes alimentaires. En revanche, il s’agit d’une structure extrêmement poreuse, sensible aux vicissitudes climatiques et au marché international comme le témoignent si clairement les pénuries observées actuellement à travers le pays. Avec une telle structure, il conviendrait de dire que quelles que soient les politiques préconisées, et leur efficacité et leur impact sur les populations seront toujours subordonnés à la forme d’organisation qui sera choisie sur la totalité du territoire national.

Il s’agit là d’une perspective territoriale innovante pour la satisfaction des besoins alimentaires et plus généralement du développement du pays. A mon avis, elle pourrait être envisagée avec la GOANA, celle-ci étant vue, conçue et mise en œuvre comme un macro-outil et une macro-technostructure avec lesquels chaque portion du territoire sera mise en valeur compte tenu des spécificités socioéconomiques et écologiques locales. Mais je me précipite d’ajouter à la condition qu’elle soit, cette GOANA, articulée à une administration territoriale repensée et réadaptée aux conditions actuelles de développement.

Dans le cadre d’une nouvelle administration territoriale, il faudrait qu’elle soit génératrice d’espaces pertinents de production, de commercialisation et consommation alimentaire. Pour ce faire, deux à trois mesures me paraissent nécessaires à prévoir. Dans un premier temps, et le Président Wade en avait parlé il y a quelques années, il faut aider les communautés paysannes à se doter de structures modernes de participation aux prises de décision. Les organisations syndicales en seront une composante, mais aussi il faut penser à créer des organismes capables de contribuer à valoriser la production agricole dans sa toute sa diversité. Et dans ce sens, le développement d’une économie sociale innovante axée sur la coopération rurale (fondée sur l’actionnariat) et un maillage territorial systémique et graduel pourrait être un outil efficace aux mains des paysans pour faire face aux banques et aux commerçants. Acteurs conscients et formés, les coopératives et les syndicats ruraux seront à même de discuter avec les autres pouvoirs publics et privés sur les choix de production, les prix, l’accès au crédit et aux intrants, mais aussi d’organiser les sessions de formation sur par exemple les itinéraires de production et sur la gestion des marchés. Il s’agit là du deuxième préalable à une véritable autosuffisance alimentaire et mieux à la réalisation des conditions de sécurité alimentaire satisfaisantes sur l’ensemble du territoire. Le troisième préalable auquel l’on devrait travailler, c’est celui de définir une sorte de convergence des défis, des enjeux, des objectifs et des moyens pour y aller. Dans ce sens, la GOANA deviendrait une dynamique, donc un outil adaptable, à travers laquelle, périodiquement est défini un Pacte rural de développement des territoires.

La population rurale est certes la plus importante du pays (65 %), mais elle doit aller dans le sens de nourrir la population urbaine, et non l’inverse. Si elle y arrive, la GOANA aura ainsi renouvelé la ruralité sénégalaise et aidé le Sénégal à structurer sa population rurale au service du développement économique du pays. Elle aura aussi mis fin au cercle vicieux du système alimentaire actuel qui n’a cessé depuis cinquante ans de creuser le déséquilibre de la balance commerciale du pays. 

Si l’on pouvait au lendemain du cinquantenaire se réveiller dans un pays où la question de la production de nourriture, son accès et sa disponibilité n’est plus liée au marché international, mais à des dynamiques endogènes, avec des effets multiplicateurs, l’on pourrait dire que le Sénégal amorce l’émergence économique durable.

 

Dr Boubacar Ba

Fondation Biotechnologie pour le développement durable en Afrique, Canada

boubac837@gmail.com



[1] Ce texte est protégé par un copyrigth  

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