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Un Peu De Moi

  • Dr Boubacar Ba
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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 06:02

 

MackyIl y a quelques mois, Macky Sall (en image) proposait d’ériger la diaspora en quinzième région administrative et territoriale du Sénégal. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Macky Sall est actuellement le président du parti Alliance Pour la République, dit aussi APR/Yaakaar. Auparavant, il fut successivement ministre de l’Industrie, Premier ministre et Président de l’Assemblée nationale du Sénégal. C’est dire que donc que le monsieur en a vécu en termes d’expériences politique et d’administration territoriale. Son idée apparemment moquée et négligée, si je m’en refaire aux réactions dans les fora de la presse en ligne, est probablement plus intéressante qu’on n’a semblé le dire.

Bien évidemment, et je suis le premier à le reconnaître, Macky Sall en portant une telle initiative dans le débat préélectoral recherchait peut-être, en premier, à agglomérer les voix de la diaspora et surtout les capacités de celle-ci à influer sur les votes et  la mobilisation des moyens en vue de la prochaine élection présidentielle. Acceptons tout de suite pour le dépasser qu’il s’agit là de calculs électoralistes, pour autant convenons ensemble qu’on ne peut reprocher à un homme politique d’avoir de telles visées. Personnellement, ces calculs ne me laissent pas indifférent, mais ne m’intéressent pas plus que ça. En revanche, qu’une idée de nature électoraliste puisse changer le Sénégal, puisse aider une partie de sa population à mieux s’épanouir, une telle idée m’intéresse. Et c'est dans ce sens que je pense que la proposition de Macky méritait et mérite une réflexion plus approfondie. Un tel intérêt me fait regretter que les médias et les intellectuels ne se soient pas l’appropriés pour en discuter la pertinence, la portée et les limites. Voilà une idée qui,  mise en œuvre, changerait le visage du Sénégal dans plusieurs aspects, en particulier dans le domaine territorial, administratif et social.

Maintenant, que disait Macky en proposant de faire de la Diaspora la quinzième région du Sénégal ? Si je puis me permettre une interprétation, il voulait régionaliser la Diaspora. La question qui vient à l’esprit, c’est quelle la faisabilité d’un tel projet?

À l’heure de la mondialisation, à l’heure des communications et de l’effacement des distances, et compte tenu de la place centrale de la Diaspora dans les familles sénégalaises et la vie économique du pays, l’idée d’intégrer cette Diaspora dans le tissu territorial national est un objectif sur lequel tout gouvernement devrait engager une réflexion stratégique. Je sais que dans la compréhension générale, la Diaspora n’est pas un territoire, encore moins un espace physique et que donc vouloir la régionaliser relèverait d'un contre-sens.

Eh bien non. Je pense que la région dans le sens de Macky doit être entendue plutôt comme un espace de gestion, un cadre territorial déterritorialisé, limité et administré. Il s’agit d’un lieu et d’un outil par lequel les autorités pourraient arriver à avoir un « contrôle » sur les ressortissants sénégalais, comme elles le font dans les différentes régions du pays. La première qualité d’un Etat responsable, qui voudrait exercer son pouvoir au service de sa population, est d’une part de savoir compter sa population et d’autre part de pouvoir établir un référencement spatial précis de cette population; il y va de la maîtrise de la sécurité et des investissements. Comptage et référencement sont deux exigences sans lesquelles toute politique d’aménagement du territoire, donc de valorisation des ressources humaines et physiques, sera hasardeuse, imprécise et à terme inefficace.

Ériger la Diaspora en région implique plusieurs conséquences. D’un point de scientifique, ce serait une révolution parce que jusque-là l’administration territoriale est d’inspiration napoléonienne. Ce serait la première fois dans l’histoire de l’aménagement du territoire que l’espace déterritorialisé - la composante humaine - est intégré dans le dispositif administratif au même titre que le territoire physique traditionnel. Et en le faisant, on reste dans la conception rafestinienne du territoire qui privilégie le ressenti et le produit.

L’intérêt scientifique ne devrait pas toutefois occulter la portée économique, sociale et culturelle d’une telle initiative. En effet, la Diaspora cesserait ainsi d’être traitée par l’altérité et les clichés de l’immigré parce qu’elle rentrerait, comme le sont les autres populations du Sénégal, dans le système territorial national de management des ressources. Elle cesserait également d’être perçue comme un simple groupe d’individus dispersés à travers le monde et dont le lien avec le pays d’origine s’entretient par des envois d’argent et par des appels téléphoniques. De mon point de vue, l’érection de la Diaspora en région sera d’autant plus facilitée que l’épineux problème du découpage ne se posera pas parce que réglé en avance par l’insertion des immigrés dans des pays aux contours bien définis. Le défi se situera davantage dans la structure matérielle et technique qui sera mise en place pour assurer une gestion adéquate d’une telle région dont forcément les caractéristiques spécifiques commandent des ressources humaines scientifiques toutes aussi spécifiques.  

Du point de vue des immigrés, il s’agirait là d’un moyen efficace pour entretenir la fibre patriotique et le développement du sentiment d’appartenance. À l’heure de la mondialisation et de la multiculturalisation des sociétés, cet aspect identitaire me semble important pour la Diaspora Sénégalaise. On constate que dans certains pays d’accueil, actuellement, on parle de deuxième ou de troisième génération d’immigrés. Donc, il est nécessaire pour ces nouvelles générations, qui sont souvent en majorité des fils d’immigrés, dont le lien avec le Sénégal dépend exclusivement de la volonté des parents, d’avoir d’autres moyens d’entrer en contact avec le pays de leurs parents. Comme on l’observe en Amérique du Nord, en l’absence de tels moyens, ces catégories de Sénégalais risquent, au fil du temps, de devenir comme les diasporas Italienne, Libanaise et Brésilienne ou autres; c’est-à-dire qu’elle va s’américaniser jusqu’à l’effacement total des liens culturels avec le pays d’origine. L’autre raison qui justifie que la Diaspora soit érigée en région, c’est son poids démographique et ses capacités d’investissement et de création des ressources. Aujourd’hui, comparativement aux régions du pays, la région-diaspora est du point de vue démographique la région la plus peuplée après celle de Dakar. Elle concentre presque 15% de la population, un chiffre qui justifie amplement que l’État et le gouvernement reconsidèrent leurs façons de faire.

D’autres aspects liés à la régionalisation de la Diaspora seront abordés dans notre prochaine contribution.

 

Dr Boubacar Ba

Fondation Biotechnologie pour le développement durable en Afrique, Canada

Courriel. BBa.emails@gmail.com

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